On ne naît pas femme…


À travers des textes et des œuvres musicales Katrine Horn et Rachël Esmoris mettent en scène le célèbre aphorisme de Simone de Beauvoir:« On ne naît pas femme, on le devient ». ”

(InfoExtrait Vidéo – Press)   Ce spectacle est une rétrospective sur plus d’un siècle et demi d’histoire au cours de laquelle nous suivons l’évolution de la pensée de la femme qui a bousculé « l’autorité instaurée » concernant sa place dans la société. Rachël Esmoris met en lumière, par un jeu de perspectives et de métaphores visuelles, la thématique de la condition de la femme au fil du temps : ambiances, couleurs, volumes et espaces rythmiques valorisent Katrine Horn en tant que harpiste-comédienne tout au long de ce spectacle hétéroclite où se mêlent mime, théâtre, musique et chant. On peut même dire que c’est une pièce qui se respire, puisque l’identité de ces femmes qui se succèdent est représentée par une élaboration de parfums, subtilement diffusés sur la scène. Dans son ouvrage Le deuxième sexe, Simone de Beauvoir soutient que ce qu’on appelle la féminité est le résultat d’une éducation et d’un conditionnement culturel et social, réfutant ainsi l’idée d’une nature féminine innée, une nature qui fait de la femme le « deuxième sexe », c’est-à-dire l’inférieure de l’homme. Depuis la nuit des temps, la femme a été corsetée, corps et âme, dans son triple rôle de bonne ménagère, de séduisante épouse et de gentille mère. Qui sait combien de vocations ont été gâchées et, dans le domaine artistique, combien de talents perdus ! Ainsi Abraham Mendelssohn, le père de Felix et Fanny, écrivit à sa fille le 16 juillet 1820 : « La musique sera peut-être pour lui (Felix) une profession mais pour toi elle ne peut et ne doit être qu’un agrément. » Pourtant, malgré toutes ces forces contraires, des femmes compositrices ont réussi à s’exprimer : Henriette Renié, Clara Schumann et Louise Charpentier en sont des exemples qui nous laissent entrevoir le potentiel de ce deuxième sexe bridé. Charlotte Brontë, George Sand, Anaïs Nin et d’autres écrivains femmes ont créé des personnages qui illustrent les propos de Simone de Beauvoir. Par ailleurs, des hommes tels que Henrik Ibsen témoignent de la condition féminine de leur époque. Ce n’est pas la première fois qu’une seule personne interprète en textes, en costumes et en musique plusieurs femmes sur scène, mais les identités de ces femmes sont cette fois déclinées en parfums, ce qui constitue sans aucun doute une innovation. Le rêve, l’humour et la poésie des textes trouvent toute leur place en un va-et-vient entre l’auditif, le visuel et l’olfactif, entre le sensoriel et l’intellect. Chaque fragrance a été élaborée en fonction de l’archétype de femme représentée, et participe ainsi de la création d’un univers qui est certes féminin mais qui jette aussi des ponts entre l’individuel et l’universel, entre les femmes et les hommes. Des textes qui font aussi appel à la raison, des textes qui passent d’un pôle à l’autre dans le spectre de la littérature, en partant de Lavinia de George Sand pour arriver aux journaux intimes d’Anaïs Nin. La même diversité éclectique se retrouve dans les morceaux de harpe, où des œuvres de femmes aussi différentes que Louise Charpentier, autodidacte en composition, faisant fi des conventions de toutes les époques, et Henriette Renié, pur produit du Conservatoire National Supérieur de Musique et une des premières femmes à y être admise en classe de composition, se côtoient. Par les costumes, par les ambiances lumineuses, par une musique qui passe d’une forme classique et désincarnée, comme celle de Frédéric Chopin, à une expression plus concrète et narrative, telle la chanson à texte Les amis de Monsieur, de Harry Fragson et d’Eugène Héros. C’est autour de la harpe qu’évolue le spectacle. La harpe, symbole de féminité, se dévoile et laisse ainsi entrevoir un univers féminin assumé, décliné en diverses nuances. La harpe, instrument expressif et imposant, crée un contrepoint qui joue avec les valeurs dites masculines. Les deux se rencontreront -ils?

« Je crois à l’humanité infinie qui était là avant que de revêtir le voile du sexe, le manteau du masculin et du féminin » Friedrich Schlegel